Autonomie pour les Sicules de Transylvanie ?

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Entretien avec Péter Waum, Président du HVIM de Székelyudvarhely

Péter Waum, responsable de la section de Székelyudvarhely (Odorheiu Secuiesc en roumain, Oderhellen en allemand) du HVIM nous a accordé une interview dans laquelle il évoque les Sicules (Székely en hongrois), une ethnie hongroise de la Transylvanie, et le projet d’autonomie pour leur région dans laquelle ils représentent 80% de la population.

Péter, tu es responsable du HVIM de Székelyudvarhely. Peux-tu nous dire qui tu es.

J’ai 27 ans et je suis étudiant en école de commerce.

Je suis un grand passionné d’Histoire, et je m’efforce de transmettre aux jeunes hongrois la richesse de notre Histoire qui tend parfois à sombrer dans l’oubli ou la falsification.

J’ai fait la connaissance du HVIM lors du festival Magyar Sziget 2006, et j’ai adhéré au mouvement peu après.

Comme l’indique mon nom, j’ai aussi des origines allemandes : les grands-parents de mon père sont des allemandes de Brassó dont les ancêtres sont venus en Transylvanie au XIIème Siècle. Du côté de ma mère, ma famille est entièrement Sicule.

Encore plus que la question des minorités hongroises, la situation et l’existence des Sicules est presque inconnue en France. Parle-nous du peuple Sicule, de son histoire, et de Székelyudvarhely, la ville où tu habites.

La ville de Székelyudvarhely est la capitale des Sicules.

Selon la tradition historique (qui reste toutefois encore controversée), c’est Csaba, un fils de Attila, qui fut le premier roi des Sicules : avec la dislocation de l’empire des Huns, ceux-ci se sont réfugiés en Grèce, mais Csaba et quelques milliers de cavaliers ne les ont pas suivi et sont allés dans les montagnes du Székelyföld.

La légende dit que les Sicules, numériquement très faibles, ont pu se maintenir dans la région car lorsqu’ils étaient en extrême danger, les soldats de Csaba, qui depuis longtemps reposaient en quelque endroit de l’Orient, revenaient de la mort et traversaient la Voie Lactée (que nous nommons Voie des guerriers, Hadak útja) pour sauver les Sicules.

Lorsque les Sicules ont eu vent de l’arrivée des Hongrois dans le bassin des Carpates, ils ont conclu une alliance avec les Rois de Hongrie et sont toujours restés obstinément hongrois, y compris depuis 87 ans que le Traité de Trianon les a arrachés de la Hongrie.

Peuple de guerriers, la mission des Sicules a toujours été de défendre des frontières de la Hongrie, en échange de quoi ils disposaient de privilèges et d’une grande autonomie. Durant le Moyen-âge, les Sicules ont joué un rôle primordial et versé beaucoup de sang, tout comme les autres hongrois, afin de barrer la route de la Transylvanie aux Turcs. Les Sicules ont servi aussi bien dans les armées hongroises qu’européennes, y compris de façon décisive dans les armées roumaines de Michel le Brave lors de la bataille de Călugăerni contre les Turcs.

C’est pendant cette période catastrophique de l’invasion turque de la Hongrie et de l’Europe que de nombreux réfugiés roumains, serbes et tziganes se sont installés en Transylvanie et en Hongrie, posant ainsi les germes futures du Diktat de Trianon.

Le peuple Sicule a aussi apporté de grandes gloires scientifiques, avec notamment Farkas Bolyai et son fils Jean, inventeurs de la géométrie non-euclidienne.

Pour en revenir à Székelyudvarhely, la ville a été mentionnée pour la première fois au treizième siècle, et est devenue une ville royale libre sous le règne de Mathias Corvin (1458-1490), le plus grand Roi de Hongrie.

Actuellement, la ville compte 36000 habitants, dont 98% de hongrois, les 2% restant étant des roumains puisque dans notre ville la totalité des policiers sont roumains, tout comme dans les autres villes ethniquement hongroises.



Notre ville est particulièrement dynamique grâce à la présence de nombreux étudiants, mais la plupart de ces jeunes connaissent hélas mal leur propre histoire puisque la seule histoire qui leur est enseignée a l’école est l’histoire officielle de l’Etat roumain. Pour ne citer qu’un exemple de cet enseignement falsifié : dans toutes les écoles de Roumanie, il est enseigné que le Roi de Hongrie Mathias Corvin était roumain, alors que dans la réalité il n’avait qu’un grand-père roumain pour trois autres hongrois, et qu’il se considérait bien évidemment comme hongrois.

Enfin, trois religions dominent notre ville : catholique, réformée et unitaire. Il y a également une église orthodoxe, qui a été financée par l’Etat, comme toutes celles qui sont construites jour après jour dans le Székelyföld et les régions ethniquement hongroises de la Transylvanie.

Quelles sont les activités du HVIM de Székelyudvarhely, que tu diriges ?

La section de Székelyudvarhely a été recréée il y a 6 mois, puisqu’elle était tombée en déshérence auparavant.

Nous avons actuellement une quinzaine de membres (la limite d’age pour être membre du HVIM étant fixée entre 14 et 35 ans), mais aussi un grand nombre de soutiens et de sympathisants : près de 300.

Nous avons déjà organisé 4 conférences historiques, ainsi qu’une commémoration de la signature du Traité de Trianon le 4 juin dernier. Nous concentrons nos efforts sur la transmission du savoir historique auprès des jeunes hongrois de Roumanie , puisque l’Histoire est systématiquement ignorée ou modifiée par l’enseignement des écoles roumaines.

Nous organiserons prochainement de nouvelles manifestations : le 18 septembre contre le Premier Ministre hongrois, un an après le début des émeutes anti-gouvernementales en Hongrie, et une autre le 23 octobre en souvenir du soulèvement de Budapest contre le bolchevisme en 1956.

Par ailleurs, en dehors du cadre du HVIM, j’apporte mon aide pour les consultations référendaires de la population du Székelyföld concernant l’autonomie de notre région.

En quoi consiste de projet de région autonome pour le Székelyföld ? Pourquoi le soutiens-tu ?

La question de l’autonomie du Székelyföld ne date pas d’hier.

Bien qu’elle ait été formellement promise par les Roumains lors de la signature du Traité de Trianon, elle n’a jamais été accordée.

Il a existé dans les années 60 une région hongroise autonome dans le Székelyföld, avec un caractère essentiellement culturel. Cette région autonome a été supprimée par Ceausescu qui a entamé ensuite son effroyable plan de liquidation des minorités hongroise et allemande de Transylvanie en rasant des villages entiers et en faisant installer de force des populations roumaines et tziganes venues essentiellement de la Moldavie roumaine. C’est principalement la ville de Marosvásárhely qui a subi le plus cette roumanisation forcée, puisque de nos jours les roumains représentent près de 50% de la population de cette ville : au début des années 70, cette ville était habitée par plus de 95% de hongrois…

De nos jours, le combat autonomiste est repris par le Conseil National des Sicules (Székely Nemzeti Tanács).

Le projet consiste à donner l’autonomie à notre région, peuplée de 80% de hongrois, dans les domaines suivants :

_ culturel : nous voulons la liberté de l’enseignement scolaire, notamment dans le domaine historique, puisque actuellement l’histoire de la Hongrie est mal voire pas du tout enseignée aux hongrois de Transylvanie

_ financier : nous voulons conserver une partie de nos impôts pour développer le Székelyföld, qui voit les bénéfices de son tourisme très important partir sous les impôts écrasants de l’état roumain qui ne nous reverse rien

_ politique : doter le Székelyföld d’un Parlement régional

_ linguistique : nous réclamons le bilinguisme administratif roumain-hongrois dans notre région, car de nombreux hongrois parlent mal le roumain alors que la totalité des procédures administratives, y compris les jugements au Tribunal, se font exclusivement en langue roumaine

J’ajoute que l’autonomie est la seule chance de maintenir hongroise notre région : le faible niveau de vie incite les jeunes d’ici a partir tenter leur chance en Hongrie ou ailleurs, tandis qu’une amélioration de notre situation économique ferait cesser cet exode.

Le projet de région autonome a-t-il des chances réelles d’aboutir ?

Les chances de réalisation de ce projet sont réelles, et correspondent en tous cas à la volonté de la population : dans la ville de Székelyudvarhely, ce sont tout simplement quasiment 100% des personnes qui ont répondu OUI, y compris quelques roumains d’ici.

La candidature du pasteur László Tőkes, le héros de la révolution anti-communiste en Roumanie, aux élections européennes qui auront lieu en septembre de cette année, est aussi un atout pour l’autonomie du Székelyföld puisque le parti hongrois de Roumanie, le RMDSZ, est aux abonnés absents concernant ce sujet et bien d’autres.

Surtout, les récentes déclarations de Traian Băsescu, le Président de la République roumaine, vont dans notre sens, puisqu’il a déclaré il y a deux semaines en venant à Székelyudvarhely que le roumain devrait être enseigné comme langue étrangère pour les hongrois de Roumanie.

Quant à nos opposants chauvinistes, ils se réfugient derrière l’argument du pauvre : le caractère indivisible de l’Etat roumain défini par la Constitution pour qualifier nos légitimes aspirations d’anti-constitutionnelles et d’attentatoires à l’unité de l’Etat roumain.

C’est l’opposition entre l’Europe des Etats-Nation et l’Europe des peuples qu’illustre parfaitement cet argument constitutionnel dérisoire.

Si ce projet devait réussir, quid des droits des roumains qui vivent dans le Székelyföld ?

La situation des roumains ne changera pas, ils ne souffriront d’aucune oppression, et bénéficieront au contraire de l’embellie économique qui suivra l’autonomie, comme cela a été le cas pour la région autonome germanophone du Sud-Tirol de l’Etat italien.

Il est indispensable de souligner que l’autonomie du Székelyföld n’est pas un projet anti-roumain mais un projet pro-hongrois.

Prenons l’exemple du bilinguisme : cela profitera aux hongrois qui parlent mal le roumain, mais cela ne changera rien pour les roumains puisque les documents administratifs seront toujours rédigés dans leur langue.

Un dernier mot pour nos lecteurs…

Nous avons coutume de dire que s’il n’y avait pas de Sicules au monde, il n’y aurait pas non plus de Hongrois. Le Diktat de Trianon n’a pas rompu notre serment de fidélité, et nous continuerons sans cesse le combat pour la justice et la vérité concernant les questions hongroises.

Nem adjuk fel ! Nous n’abandonnerons pas !

www.hvim-france.hautetfort.com - 28. 08. 2007

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