Les Sicules, une minorité encore pacifique

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Roumanie Plus d’un million et demi de Hongrois militent pour l’obtention de droits spécifiques

Mercier, Jonas

De notre envoyé spécial

A Sânvasii, en plein cœur de la Roumanie, on comprend le roumain, mais on parle d’abord le hongrois. Les 300 âmes de ce petit village sont toutes d’origine magyare. Une situation qui est loin d’être une exception dans la région. Kiss Mihaly, le prêtre de l’église protestante qui domine le bourg, a une explication simple : « Pendant plus de 1.000 ans, cette région a appartenu à la Hongrie. C’est normal que l’on soit encore aujourd’hui majoritaire. » Dans un roumain parfois hésitant, il se rappelle du partage de son pays par les vainqueurs de la grande guerre et lâche : « On veut simplement que l’on respecte les droits que l’on nous a promis en 1918. » Aujourd’hui, sa petite fille Gerda, 6 ans, est venue lui rendre visite. Elle ne parle pas encore le roumain, qui est enseigné comme langue étrangère à l’école du village.

Plus d’un million et demi de Hongrois vivent actuellement dans le pays, dont une grosse partie en Secuime, ancienne province magyare, située en plein centre de la Roumanie. « Selon nos chiffres, sur les 800.000 habitants de la région, 600.000 sont hongrois », explique Izsak Balazs, le président du Conseil National Secuiesc (CNS), une assemblée populaire qui milite pour l’autonomie. Hongrois de souche, il utilise le mot « confrères » lorsqu’il parle des Roumains. Pour lui, la discrimination pratiquée par le gouvernement n’est pas directement visible, mais elle se ressent dans l’évolution démographique : « En 1996, il y avait une majorité de Hongrois à Târgu Mures (capitale de la Secuime, env. 150.000 habitants, NDLR). Aujourd’hui, nous sommes moins qu’eux. » Le 23 février, une semaine après la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo, le CNS rendait publics les résultats d’un référendum régional sur l’autonomie de la Secuime. Sur les 200.000 Hongrois qui se sont prononcés, 99,3 % ont voté pour.

Depuis la fin du régime communiste, les Hongrois de Roumanie demandent leur autonomie. Jusqu’à maintenant, le seul incident entre les deux peuples s’est produit à Târgu Mures, en mars 1990, juste après la chute de Ceausescu. Une manifestation hongroise, à l’origine pacifique, qui a dégénéré sans que l’on sache vraiment pourquoi. « Ici, il n’y a pas de bombe, et même s’il y en avait, il n’y aurait personne pour les poser », explique Izsak Balazs. Les deux communautés vivent en paix, même s’il existe un peu d’amertume chez certains Roumains. « Ils ne sont pas méchants, mais ils ne comprennent pas quand on leur parle roumain, surtout les vieux et les enfants », témoigne Andrei, contrôleur agricole dans la région, qui passe souvent faire des inspections dans les villages à majorité magyare.

Depuis la chute du régime communiste, les Hongrois de Roumanie ont toujours été représentés au Parlement et dans les gouvernements successifs, indépendamment de leur couleur politique. « Tant que la démocratie associative, expérimentée par la Roumanie depuis le milieu des années 90, ne sera pas abandonnée, la situation en Secuime ne deviendra pas explosive », estime Cristian Pirvulescu, un politologue roumain. Le passage récent d’une nouvelle loi électorale, dite uninominale, risque pourtant d’affaiblir la représentation magyare à l’assemblée lors des législatives prévues au printemps. « Les frustrations sociales, économiques, politiques et identitaires accumulées pourraient conduire à la radicalisation des organisations représentatives des Magyares de Roumanie », ajoute l’analyste.

La déclaration d’indépendance unilatérale de la province serbe ravive les débats d’une future autonomie. Le CNS prépare actuellement un mémorandum dans lequel il demande au Conseil de l’Europe d’envoyer un rapporteur pour constater la situation. Récemment, le président roumain Traian Basescu s’est déclaré « supporter » de l’autonomie, mais à condition que celle-ci soit égale dans toutes les régions du pays où il existe des minorités représentatives. Il a ajouté qu’il n’était pas productif de maintenir la centralisation des prises de décisions liées à l’enseignement, à la direction des hôpitaux et à la gestion de la police locale. Pourtant, d’un côté comme de l’autre, personne ne compare la situation du Kosovo avec celle de la Secuime. « Le Kosovo ne représente pas de précédent pour les Sicules de Roumanie, parce qu’il n’a jamais été question de sécession, mais d’autonomie territoriale », déclare Peter Eckstein-Kovacs, sénateur du seul parti hongrois, l’Union démocratique des Magyares de Roumanie. Il ajoute cependant qu’il s’agit là d’un message « particulièrement » important sur la façon dont sont désormais traitées les minorités par l’Union européenne.

La Roumanie n’a pas reconnu le Kosovo

En l’absence d’une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, Traian Basescu, le président roumain, considère toujours comme « illégale » la déclaration unilatérale d’indépendance du Kosovo. Une position que la Roumanie avait déjà exprimée lors du Conseil européen de décembre dernier. Il s’agit d’une atteinte à « l’intégrité territoriale » de la Serbie et au principe de « l’inviolabilité des frontières » avait expliqué plus tôt le chef de l’État roumain. Mis à part l’UDMR (Union Démocratique des Magyares de Roumanie), cette position fait l’unanimité sur la scène politique nationale. La Roumanie a pourtant envoyé 175 gendarmes et policiers au Kosovo, dans le cadre de la mission de maintien de la paix de l’Union Européenne, Eulex. Selon le Premier ministre, Calin Popescu Tariceanu, il n’existe là « aucune contradiction », car il est dans l’intérêt de la Roumanie « de contribuer à la sécurité et la stabilité de la région ». Par ailleurs, 148 militaires roumains font partie de la Kfor, la force multinationale de la région dirigée par l’Otan. À côté de la Roumanie, cinq autres pays de l’Union européenne (l’Espagne, la Slovaquie, la Bulgarie, la Grèce et Chypre) ne reconnaissent toujours pas l’indépendance de la province.

Publié le Jeudi 13 mars 2008 (No 62) dans Le Soir, page 18, édition Namur/Luxembourg.

2008-03-13 Le Soir

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